Quelles sont les principales spécificités de la pratique vétérinaire à la Réunion ?
Frédérique : Sur l'île, il existe quelques pathologies régionales, que l'on ne trouve pas, ou très rarement, en métropole. Chez le chien, c'est le cas de la dirofilariose cardiaque ou de la spirocercose. C'est le cas aussi de l'anaplasmose bovine. Le climat chaud favorise l'accentuation des maladies cutanées et le parasitisme. Les accidents en élevage lors des cyclones et les carences alimentaires dues à la pauvreté des pâtures et fourrages, poussés sur un sol essentiellement basaltique, sont également spécifiques d'ici. Mais la gestion de la clientèle au quotidien (consultations à la clinique, sur le terrain, visites à domicile) reste sensiblement la même qu'en métropole.
Sur un plan pratique, les cliniques sont fermées du samedi midi au lundi, ce qui autorise une large place pour la vie de famille et les loisirs : la plage, la montagne. Enfin, la petite taille de l'île fait que si l'on assiste à tous les séminaires, on finit par connaître tous ses confrères, au moins de vue. Les relations sont plutôt bonnes dans l'ensemble.
Quelles en sont les difficultés les plus marquantes ? Les points à changer ?

Frédérique : Le langage employé est souvent le créole, ce qui peut poser quelques problèmes aux métropolitains qui arrivent. Mais on apprend vite. Par exemple, ici, la gale c'est un problème de peau. La poule peut être atteinte de « gale blanc » (candidose), de « gale boutons » (variole), de « grattelle » (gale des pattes ou qui démange) : si l'on prescrit un acaricide pour toutes ces « gales », on se plante de diagnostic au moins deux fois sur trois ! Sinon, pour une femme, il faut savoir que le milieu reste assez machiste en bovine. Mais ça n'est pas pire que dans le Charolais, où j'ai pu constater qu'une femme soignant les gros animaux, ça n'est pas encore accepté partout.
Ce que j'aimerais voir changer sont certaines mentalités, qui font que l'animal n'est parfois pas encore correctement traité (négligence par exemple). Mais tout s'étudie au cas par cas, car interviennent aussi des difficultés de revenus : le chômage touche plus de 40 % de la population.
Et comment gérer la formation professionnelle ?
Frédérique : C'est effectivement l'un des points les plus problématiques. L'éloignement de la métropole rend l'accès aux formations plus difficile. Les solutions sont la formation par Internet, par la lecture de revues et, occasionnellement, par les quelques séminaires offerts par les laboratoires dans l'année. Sinon, il faut rentrer en métropole pour suivre les sessions qui nous intéressent.
Qu'est-ce qui t'as décidée à venir pratiquer à la Réunion ?
Frédérique : Je suis née ici. Je suis attachée à l'île. Et j'y ai maintenant construit ma vie de famille. Pour reprendre toute l'histoire, je voulais être vétérinaire depuis toute petite (dès que j'ai eu 3 ans). Je n'ai jamais lâché le morceau. A l'époque, je ne connaissais que mon chien, mon lapin, les chats, les animaux domestiques que l'on possède enfant. J'ai découvert les animaux de rente à l'école. J'ai alors décidé que je travaillerais avec eux. J'ai choisi une optionnelle en médecine bovine, que j'ai effectuée à l'université de St Hyacinthe au Québec. Après l'Ecole, j'ai fait des remplacements (dans l'Yonne et le Charolais) pour me payer une formation en pathologie tropicale. Née à la Réunion, j'ai aussi vécu 6 ans au Sénégal. Je voulais avoir un abord de la médecine des animaux de rente en milieu tropical. J'ai donc effectué le CEAV de pathologie animale en régions chaudes. Et, avec le CIRAD de Montpellier, j'ai eu l'opportunité de partir pour mon stage de 6 mois au Burkina Faso avec une équipe formidable ! J'ai abordé mon métier sous un autre angle : la recherche appliquée. Cela me plaisait. Je comptais poursuivre dans cette voie. Après quelques expériences en clientèle bovine laitière puis mixte en Savoie, j'ai saisi une opportunité sur la Réunion en recherche appliquée avec l'EDE. Malheureusement, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Une fois sur place, j'ai dû chercher des remplacements pour vivre. De remplacements en remplacements, j'ai été embauchée en CDI. Je suis maintenant loin de la recherche appliquée et je fais plus de canine que de bovine. Mais la vie en a décidé ainsi et j'aime mon métier.
La Réunion offre des possibilités de loisirs qui sortent de l'ordinaire de la plupart des français. Quels sont les tiens ?

Frédérique : Ma position de salariée me permet d'avoir du temps libre. J'ai un petit garçon de 7 mois. Je lui apprends à nager : depuis ses quatre mois, il patauge dans le lagon et n'a vraiment pas peur de l'eau. Quand il fait très chaud, je fais de la plongée sous-marine ou une promenade, un pique-nique en montagne, au frais dans les hauts de l'île (vers le volcan, les cirques) : c'est la sortie de tout réunionnais. Avant le bébé, je faisais de la randonnée et du canyoning. Je recommencerai dès qu'il pourra suivre !
Pour ceux qui voudraient tester, j'ai des confrères qui cherchent régulièrement des remplaçants pour pouvoir partir en vacances. Après, question de s'installer, cela devient difficile car nous sommes déjà nombreux et l'île est petite.
Quels sont tes souvenirs des années d'études ? Que dirais-tu aux étudiants d'aujourd'hui ?
Frédérique : Je garde de très bons souvenirs de cette période, sauf de la prépa. Je n'avais jamais vécu en métropole. La saison hivernale était une découverte, avec le stress des examens par dessus. J'ai eu un premier hiver très difficile ! L'Ecole, c'était bien. Nous étions une bande de copains unie.
Je conseille aux étudiants qu'ils fassent ce qu'ils aiment faire avec passion. C'est comme cela que l'on réussit et que l'on est heureux, quel que soit le domaine dans lequel on exerce. Même si une expérience ne paraît pas enrichissante, elle apporte toujours quelque chose. On peut finir par aller vers autre chose que ce que l'on pensait vouloir faire au départ, mais cela peut rester tout aussi passionnant. Personnellement, je crois que les événements se sont enchaînés comme ils le devaient. Je ne regrette rien. Chaque expérience m'a enrichie. Je me dis parfois que je me sentais bien en Savoie et que j'ai tout plaqué pour l'idée d'un boulot que je n'ai jamais fait. Avec le recul, si ça n'avait pas été le cas, mon enfant ne serait pas là aujourd'hui. Add Content...

Oui, ça a du bon de travailler à la Réunion ;)