Marie-Noëlle, tu ne pratiques qu'en équine et c'est ce que tu voulais faire, n'est-ce pas ?
Marie-Noëlle : En effet, "depuis toujours", je voulais travailler en équine. Je ne voulais pas faire véto mais véto pour les chevaux. A l'Ecole, j'ai suivi le cursus sur 5 ans et je me suis débrouillée pour effectuer mes stages dans un environnement proche des chevaux. En première année, je suis allée en clinique vétérinaire équine. Ensuite, mon stage dit "en exploitation" s'est déroulé en haras. En troisième année, j'ai fait un stage à l'unité de recherche Pégase-Mayenne, une expérience très enrichissante puisqu'il s'agit de médecine sportive comparée, humaine et équine. Enfin, tous les stages suivants, "en clientèle", n'ont été dédiés qu'aux chevaux.
Et dans tes premières expériences professionnelles, toujours des chevaux ?
Marie-Noëlle : A ma sortie de l'Ecole, j'ai fait un stage de 6 mois à l'Université de St-Hyacinthe au Québec, en équine ! A mon retour, après un premier remplacement en équine en Normandie, j'ai commencé à travailler dans le Finistère, dans une structure vétérinaire mixte de 6 praticiens, où je suis encore aujourd'hui. Mais je ne soigne que les chevaux. J'ai été embauchée pour cela. Je veux faire de l'équine ou rien. D'ailleurs, je suis en train de finir de monter une nouvelle clinique purement équine, ici à Landivisiau, avec un associé. Nous démarrons dans quelques semaines. Faire de l'équine n'est pas restrictif. La clientèle est très variée et je vois des chevaux de sport (courses, obstacle, endurance, attelage) comme des chevaux d'élevage ou de trait. Le profil des propriétaires varie tout autant.
Quelles sont les difficultés que tu rencontres ? Notamment en étant une femme ?
Marie-Noëlle : C'est vrai que je suis un petit gabarit (1m59 et 47 kg). Et au début cela surprend les propriétaires, plus que le fait d'être une fille. Je n'obtiens pas leur confiance d'emblée ; il faut que je fasse mes preuves. Mais selon moi, "c'est au pied du mur que l'on juge le maçon". Et franchement, au quotidien, face à une bête de 800 kg, peser 80 ou 50 kg ne change pas grand'chose. Il ne faut pas entrer dans un rapport de force mais contourner le problème. En fait, la seule vraie difficulté à gérer est de concilier vie professionnelle et vie de famille. Parfois, j'ai le sentiment d'être débordée, de ne pas avoir assez de temps pour moi et les miens. En saison de monte [de mars à juin], je débute la journée vers 5h du matin, pour ne rentrer parfois que vers 1h. Sans compter les suivis gynécologiques qui imposent de se relever la nuit. Le week-end, si je ne suis pas de garde, je suis souvent d'astreinte sur un concours, une compétition. Pendant cette période, je ne vois pas beaucoup ma fille...
Et quand c'est plus calme, comment occupes-tu ton temps libre ?
Marie-Noëlle : Je monte à cheval bien sûr !!! En fait, je suis cavalière internationale en endurance et je fais un peu d'obstacle. Je suis surtout le vétérinaire de l'équipe d'attelage de Bretagne. Donc je suis de tous les déplacements. J'ai aussi un élevage de poneys Français de selle. C'est certain, pour faire de l'équine, il faut être passionné, sinon, ça pourrit la vie !! Je pars un peu en vacances hors saison de monte, c'est-à-dire en hiver.
Est-ce que tu t'attendais à tout cela pendant tes années d'Ecole ?
Marie-Noëlle : Je retiens de mes années d'étudiante une période géniale, une période d'insouciance pure. Le côté festif, les discussions avec les amis sont mes meilleurs souvenirs. Après, il y a la réalité de terrain. Au quotidien, c'est un métier très prenant en temps. En équine, il faut savoir aussi que la clientèle est très dispersée et que l'on passe beaucoup de temps en voiture. D'une manière générale, je pense que les étudiants sont peu préparés aux facettes sociales et économiques de l'activité vétérinaire. Notre formation est très théorique. Je ne peux que conseiller aux étudiants de venir sur le terrain pendant les années d'Ecole. J'ai le souvenir d'une délivrance faite avec un stagiaire au mois de février à 7h du mat' à la lumière des phares et sous la pluie. J'étais couchée dans la boue avec la jument. Ca, on ne l'apprend pas à l'Ecole !
Des aspects relationnels et économiques, que retiens-tu ?
Marie-Noëlle : Avec les confrères, cela se passe plutôt bien. D'autant plus que je travaille dans le respect de la déontologie. Ainsi, lorsqu'un confrère me réfère un cas, je lui transmets un rapport et les éventuels médicaments prescrits sont délivrés par lui. Sur le plan financier, l'activité équine n'est pas aussi rentable qu'une activité canine par exemple. Si cette activité s'inscrit dans une structure mixte, il est indispensable d'adopter un raisonnement d'entreprise, basé sur le temps de travail et non sur la facturation. Avec les clients, les rapports s'apparentent à ceux du "médecin de campagne", comprenant beaucoup d'humanité. A la naissance de mon bébé par exemple, j'ai reçu beaucoup de messages de sympathie. Mais attention, un certain nombre n'ont que peu de reconnaissance des efforts faits pour eux (temps passé, réduction de la facture). Nous restons alors des prestataires de service et j'ai appris à ne pas m'investir trop personnellement dans mon travail.
Comment t'imagines-tu dans 10 ans ?
Marie-Noëlle : En toute honnêteté, c'est la seule chose qui m'angoisse ! Pas dans 10 ans mais quand je vieillirai. L'âge de la retraite recule. A 60 ans, je ne serai peut-être plus aussi réactive qu'aujourd'hui. Or le métier de vétérinaire équin nécessite souvent de réagir vite, question de sécurité. Dans mon esprit, je n'ai pas d'alternative possible : je serais malheureuse derrière un bureau ou enfermée dans une salle de consultation...